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CAP cuisine&innovation

A propos de l'innovation

22 Février 2020 , Rédigé par Véronique Le Berre Publié dans #innovation, #analyse

Faisons comme si je n’avais pas abandonné l’écriture ici depuis un petit moment…

Je parle beaucoup plus ici de cuisine que d’innovation, alors qu’initialement j’avais quand même nommé ce blog des 2 termes.

Avec le recul, je crois qu’à l’époque (8 ans déjà), je n’envisageais l’innovation que comme produit et pas comme démarche. Et j’ai publié sur des innovations produit, au moment où elles arrivaient sur le marché, à quel besoin elles pouvaient répondre, ce que je pouvais en penser en tant que consommatrice.

Aujourd’hui, j’ai envie de prendre un peu de hauteur (si si, carrément, de la hauteur) et d’analyser un peu ce qui fait l’innovation aujourd’hui dans notre monde en mutation.

Les définitions que l’on peut glaner sur la toile (notamment) précisent bien que l’innovation caractérise aussi bien la démarche que son résultat. D’où la confusion parfois dans les échanges entre acteurs de l’innovation. Sources : https://www.lescahiersdelinnovation.com/quelle-definition-donner-de-linnovation/ ; http://erwan.neau.free.fr/innovation.htm

La définition de l’innovation a varié au cours du temps mais on s’accorde encore à considérer que la finalité de l’innovation est l’amélioration des profits, l’innovation sert donc la croissance.

Indissociable de la croissance, l’innovation ?

Dès 2010, l’OCDE établit une stratégie de l’innovation et soulève que l’innovation est un outil essentiel pour faire face aux enjeux climatiques. Source : http://www.oecd.org/fr/sti/45329799.pdf

Ceci étant, si l’innovation sert la croissance, c’est la croissance qui finance l’innovation. Et pour financer une innovation au service d’un mieux climatique, il faut donc en principe une croissance « verte ».

 

Quelles innovations ?

Le manuel d’Oslo considère 4 types d’innovation : produit, procédé, organisation, commercialisation. Source : http://www.oecd.org/fr/sites/strategiedelocdepourlinnovation/definirlinnovation.htm

En outre, il est de plus en plus admis l’innovation dite sociale, non ciblée directement sur le profit, mais en lien avec le monde du social ou l’amélioration des conditions de vie / de travail.

On va ainsi souvent classer les innovations en fonction des moyens mis en œuvre pour les obtenir : technologie, sciences dites molles.

De mon côté, j’aurais assez envie de tenter un classement par destinataire de l’innovation, par type de partie prenante :

  • Le consommateur final : sait-on qui il est ? quelle nécessité on cherche à satisfaire ?
  • Le salarié qui fabrique : quels dommages sociaux peuton économiser grâce à cette innovation ? quels avantages on va lui procurer
  • L’entreprise fabricante : que va-t-elle gagner avec cette innovation, en terme de CA, d’image, de durabilité… ?
  • La société / le territoire : quels impacts sociaux, économiques, environnementaux pour cette innovation ?

 

 

Comment mesurer l’innovation ?

Du point de vue commercial, l’innovation est réussie si on gagne des nouveaux marchés, des parts de marché, et in fine, si le profit augmente. Le commerce va donc vraisemblablement entendre l’innovation en tant que produit.

Si l’on se place maintenant du point de vue de celui qui conduit l’innovation, l’évaluation va probablement être multifacettes :

  • La réussite technique du produit : a-t-on obtenu ce que l’on avait rêvé ?
  • Sa réussite sur le marché : dont le Commercial sera à la fois l’évaluateur mais aussi le protagoniste
  • L’efficacité de la démarche : en durée de développement, en budget mis en œuvre, en « coût humain » : est-ce qu’il a été facile de conduire l’innovation à son terme, quelles difficultés a-t-on dû surmonter ?
  • La connaissance issue de la période de création qui permettra de gagner en efficacité pour la suite.

On voit ainsi que pour celui qui conduit l’innovation, l’évaluation de la démarche compte autant que l’évaluation de ce qui a été produit : qu’est-ce que ça rapporte, qu’est-ce que ça coûte, qu’est-ce qu’on a appris.

 

Quand doit-on mesurer la réussite de l’innovation

Laissons de côté ce qui est de l’apprentissage, disons seulement qu’il est utile de préserver à ceux qui innovent un peu de temps pour l’analyse d’un projet et la prospective « outil ».

Pour ce qui est de l’innovation produit lancée sur le marché, il est assez courant de se donner 3 ans. L’innovation (en tant que démarche) est un investissement, qu’il faut avoir au moins rentabiliser sur 3 ans. Ou plus, si l’on se dit visionnaire et que l’on peut se donner plus de temps.

Le commerce ne va pas, lui, donner toujours 3 ans à un produit pour faire sa place cependant.

Admettons que l’innovation se fasse sa place sur le marché,

Que faut-il mesurer ?

Et c’est là que j’en viens à évoquer notre monde en mutation. Où l’on a compris (ou à peu près ?) que l’on vit dans un monde fini, où les ressources sont limitées, où nos actes ont des impacts sur la planète, où, donc, la surconsommation devient un problème et où l’accélération de la croissance grâce à de nouvelles innovations ne peut pas être une solution.

J’ai eu la chance d’assister au colloque des « Entrepreneurs d’Avenir », où l’on a beaucoup parlé de progrès utile à l’homme, d’humaniser le progrès (https://parlement2020.entrepreneursdavenir.com/).

Et une notion importante ressort de toutes les conférences auxquelles j’ai assisté : les externalités.

Les externalités, quezaco ?

= ce que produit et ce que consomme une activité, qui n’apparaît pas forcément sur les bilans comptables.

Du point de vue environnemental : les déchets, le CO² rejeté, les réserves de CO² détruites…

Du point de vue social : les emplois créés, détruits, directs et indirects, les sites de production créés, détruits, les TMS et risques psycho-sociaux causés, économisés…

De quoi bien compléter le triangle du développement durable, n’est-il pas ?

Compliqué ? Eh bien il y a des outils qui existent pour la mesure, en tout cas des externalités environnementales, telle que la NEC, par exemple. Source : https://www.linfodurable.fr/finance/isr-la-nec-une-metrique-pour-noter-le-degre-dalignement-la-transition-verte-11648

 

Couteux ? j’aurais assez envie de reprendre une phrase vue sur un mur à Nantes : « la culture coute cher ? essayez l’ignorance ! » ; les externalités coutent cher ? tant qu’on peut vivre à crédit…

Et maintenant qu’on parle de culture, pourquoi ne pas aussi intégrer cette dimension dans les externalités : les savoir-faire acquis, perdus, le nombre de personnes enrichies culturellement, les liens créés, les productions intellectuelles qui en ont découlé…

 

Revenons à l’évaluation de l’innovation :

Quelle temporalité faut-il considérer ? A la lumière de la mesure des externalités, je dirais bien qu’il faudrait pouvoir évaluer les impacts à une échelle économique (3 ans) mais aussi sociétale (10 ans ? 20 ans ?). Et dans certains cas, peut-être bien que c’est le cycle des déchets qu’il faut prendre en considération. 20 ans pour qu’un mégot de cigarette soit réduit à rien par exemple. Ainsi, on s’oblige à mettre au passif du bilan, le coût environnemental des mégots, et peut-être qu’on est un peu plus incité à trouver des solutions pour amener des actions dans la colonne de l’actif ?

Pour aller plus loin, voyons 2 types d’acteurs de l’innovation :

  • Les entreprises : prendre en compte ou pas les externalités dans leur développement est de leur responsabilité. A mon niveau, je me dis que c’est plus facile (ou plutôt indispensable) quand on crée exnihilo, et plus compliqué quand on subit un mode d’organisation « du passé », encore plus compliqué quand le bénéfice est rare. On pourrait aller jusqu’à se dire qu’une entreprise qui est très déficitaire du point de vue des externalités et peu rentable du point de vue comptable est vouée à la disparition et c’est bien ainsi. Oui mais les autres, comment on fait pour les aider ? c’est sans doute leur vision long terme ou court-termiste qui va les amener à évaluer les impacts de leur innovation différemment. Citons par exemple le cas d’une entreprise familiale qui a accepté de laisser 20 ans se passer avant d’atteindre l’équilibre sur un de leurs produits, car leur ligne était claire
  • Les pouvoirs publics, qui soutiennent l’innovation (peuton attendre la même chose des financeurs privés ?) : ce sont eux, pour le moment, qui vont subir et financer les externalités négatives d’innovations irresponsables. Alors que cette considération oriente leurs décisions ne serait que logique, non ?
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